Interview de Christine Lewicki, auteur du livre J’arrête de râler

Aujourd’hui, j’ai eu la joie d’interviewer Christine Lewicki, auteur du livre J’arrête de râler.

Pascale : Bonjour Christine, pour ceux qui ne te connaissent pas, tu es française vivant à Los Angeles, coach d’entreprise, conférencière, formatrice en développement personnel, fondatrice de la société o’coaching et auteure du livre J’arrête de râler. Peux-tu nous en dire un peu plus sur toi et nous présenter en quoi consiste le challenge « J’arrête de râler pendant 21 jours » ?

Christine : Tout d’abord merci beaucoup de m’accorder cette interview ; je suis Christine Lewicki, je suis effectivement française, je vis aux Etats-Unis depuis 2000 ; après un début de carrière en sciences humaines, je me suis convertie sur le coaching ; je suis aussi maman de 3 enfants, 3 filles qui ont 12 ans, 10 ans et 6 ans. Je vis cette fameuse vie de mompreneur.

Et il y a 2 ou 3 ans, j’ai pris conscience que j’étais une râleuse. J’essayais d’accompagner mes clients en les invitant à ne pas utiliser nos cessions de coaching pour râler ; je trouvais que c’étais un gâchis de leur argent et de notre temps précieux qu’on pouvait avoir ensemble, pour essayer d’avancer pour leur futur. J’ai essayé de les accompagner pour trouver un moyen pour changer l’énergie de la conversation qu’on avait ensemble. J’étais dans cette démarche d’aider mon client, jusqu’au jour où j’ai pris conscience que moi-même, je râlais. Et je suis le genre de coach qui ne peut pas demander à ses clients de faire quelque chose si moi je fais le contraire.  Alors moi, je ne râlais pas du tout sur mon travail, sur le business, c’est pour cela que je ne le voyais pas ; j’ai réalisé que je râlais plutôt dans mon rôle de mère, dans mon rôle de maîtresse de maison, de gestion du foyer et des enfants. A partir du moment où je me suis vue dans le miroir et où j’ai vu que j’étais une râleuse, je me suis dit qu’il fallait absolument que je commence par être le changement que je voulais voir dans le monde. Si je voulais que mes clients arrêtent de râler, il fallait d’abord que moi je commence à arrêter de râler : c’était ça ma priorité. Il fallait que je fasse mon propre ménage devant chez moi avant de dire aux autres d’arrêter de râler. Donc j’ai complètement changé mon axe où avant j’étais concentrée sur mes clients et sur le fait de les aider à changer, pour faire mon nettoyage intérieur.

Je me suis lancée dans le challenge : ne pas râler pendant 21 jours consécutifs. Pourquoi 21 jours ? Parce que c’est le temps qu’il faut pour se sevrer d’une habitude. Soyons très clairs, on râle par habitude, d’une manière complètement inconsciente, c’est automatique, dès qu’une frustration se présente à nous, on se met à râler. Je pense que personne d’entre nous se dit : ah, il y a quelque chose qui m’énerve, je crois que  la meilleure stratégie à adopter dans ce moment présent c’est de me mettre à râler. On a jamais ce recul, c’est purement automatique. On est en auto pilote, face à une frustration, notre cerveau répond par la râlerie. Sur une journée ordinaire, on a plein de bonnes raisons de râler. Comment je peux arrêter cette automatisme qui est de râler ? Au final, quand on râle on croit punir les autres mais on se punit nous-même. Ce que j’ai réalisé dans mon rôle de mère, un soir alors que je me couchais, je me suis dit : aujourd’hui, c’était vraiment une journée pourrie. Et là, j’ai pris un peu de recul sur ce que je venais de dire et je me suis dit mais il y a problème parce que cette journée pourrie que tu viens de vivre, c’était une journée normale ! Et oui, parfois les journées normales de ta vie, elles sont pas très sexy ! Elles sont relativement ordinaires : il faut passer le balai, conduire les enfants, aller travailler, répondre au téléphone, aux mails, aller chercher les enfants, faire le diner, coucher les enfants, qu’ils se brossent les dents, mettre la lessive en route … Cette journée là , elle n’est vraiment sexy mais c’est pas pour autant que je veux la subir ! Mince, je ne vais pas subir chaque journée ordinaire. Je ne vais commencer à profiter de ma vie uniquement en vacances ou en week-end ; il n’en est pas question. J’ai envie de pouvoir avoir de la sérénité, de la joie, du délice, de la saveur dans une journée banale et ordinaire. Quand on râle, c’est qu’on résiste à tout ce que la vie nous donne : on résiste les bouchons, l’ordinateur, le téléphone, les enfants, la logistique familiale, les courses, à tout … Je me suis dit mais j’ai pas envie d’utiliser toute cette énergie à résister, j’ai envie d’accepter et de vivre ces moments délicieux que la vie peut me donner.

P : Râler nous éloigne vraiment du calme, de la sérénité et de l’aptitude à vivre des moments de bonheur ; ça consomme également beaucoup d’énergie et le fait de changer d’habitudes et de transformer le fait de râler par autre chose est extrêmement puissant en terme de changement, pour soi et pour son entourage. J’ai fait le challenge (avec mon mari) après avoir lu le livre aux vacances de Pâques ; les trois premiers jours m’ont paru faciles mais à peine rentrés de vacances, nous avons repris nos vieilles habitudes et avons recommencer à râler … Peux-tu nous décrire les 4 phases à traverser lors de ce challenge ?

C : Les personnes qui vont écouter cette interview ou lire ton blog vont d’abord se dire : C’est génial ! moi aussi il faut absolument que j’arrête de râler ! Quand on commence le challenge, on est dans une phase enthousiaste : on dit à tous nos copains que c’est décidé, on arrête de râler. On se sent fort, engagé ; on trouve l’idée géniale … C’est une phase euphorique ; on ne se rend pas encore compte de tout le nettoyage qu’on va devoir faire dans notre vie pour y arriver. C’est la phase où on ne sait pas qu’on ne sait pas. Il est important de vivre pleinement cette phase qui dure quelques jours.

Ensuite vient la phase où on se rend compte à quel point on râle. Lorsque j’ai commencé le challenge, j’ai utilisé un outil dont j’avais déjà entendu parler : mettre un bracelet à mon poignet. A chaque fois que je râlais, je changeais le bracelet de côté et je remettais les compteurs à zéro. L’idée est de faire 21 jours consécutifs. Il m’a fallu quatre mois pour y arriver. Cette deuxième phase est celle de la « danse du bracelet » : le bracelet passe d’un poignet à l’autre toute la journée. Mieux vaut prévoir un bracelet élastique ! Cette phase n’est pas à juger mais à observer : on observe à quel point les râleries ont une place importante dans notre vie. En général, c’est vraiment une phase de prise de conscience. On se rend compte qu’on ne sait pas fonctionner autrement, qu’on est en auto pilote, qu’on arrive pas à se contrôler. C’est souvent une phase où on a envie de baisser les bras  : de toutes façons je n’y arriverai jamais, essayer de râler me fait râler encore plus, j’ai déjà assez de pression dans mon quotidien je vais quand même pas m’en rajouter une en plus … C’est une phase où on se juge. C’est la phase où on sait qu’on ne sait pas arrêter de râler. Ce qui est important c’est de tenir sur cette phase ; de tenir et de ne pas baisser les bras et d’attendre le moment où on rentre dans la troisième phase.

Vient ensuite la troisième phase où l’on arrive à tenir 1 jour, 2 jours, 3 jours sans râler ! On commence à récolter les fruits ; on découvre que c’est possible de vivre son quotidien ordinaire d’une manière complètement différente. On avait aucune idée qu’on pouvait vivre notre quotidien de manière aussi agréable. Notre rapport avec nos collègues est complètement transformé, notre rapport avec nos enfants, avec notre conjoint, avec la vie est transformé. Il arrive encore qu’on chute et qu’on se remette à râler sur des choses automatiques mais en général on est plein d’espoir. Les lecteurs de mon blog me disent : ce n’est pas grave si je met toute une vie pour atteindre 21 jours consécutifs, ma vie est tellement mieux maintenant ! Chaque jour où on a pas râlé (même si on a rechuté le lendemain) est une journée beaucoup plus délicieuse et puissante qu’avant. Quand on râle, on se positionne en victime et on a plus aucun pouvoir. Nous sommes victimes des autres, de la vie, de la société, des politiques, de notre conjoint, des enfants, des conducteurs sur la route ; ce sont eux qui ont le pouvoir sur nous ! Quand on arrête de râler on reprend le pouvoir sur sa vie. On refuse de se positionner en victime. On enlève ces pollutions, ces interférences … Notre quotidien est déjà beaucoup mieux. C’est la phase où on sait qu’on sait arrêter de râler ; on sait que c’est possible et on en récolte déjà les fruits.

Ensuite c’est la quatrième phase, la phase du maître. On a réussi à faire 21 jours ! Comme on a réussi, on a créé de nouvelles connections dans notre cerveau. Maintenant on est en pilote automatique de non râlerie. Quand une frustration se présente, on n’est plus impacté négativement. On voit la situation pour ce qu’elle est ; on arrête de transformer nos problèmes en drames ; on regarde la vie pour ce qu’elle est et on gère sans avoir besoin de s’accrocher avec une énergie négative par rapport à ce que la réalité nous propose de vivre aujourd’hui. C’est la phase du maître où on ne sait même plus qu’on est en train d’essayer d’arrêter de râler. On s’est créé une nouvelle nature. On voit les possibilités, les solutions ; on a accès à une zone de vie à laquelle on n’avait pas accès avant (et qui a toujours été là) et qui était masquée par toutes nos râleries. On emmène les autres à vivre cette vie là avec nous !

P : Ton livre est troisième des ventes de livres en développement personnel (source Psychologie magazine) ; c’est super de voir à quel point les gens ont envie d’avancer, de changer, de vivre mieux … Quels sont les retours que les gens te font sur le livre et sur le challenge ?

C : C’est le plus cadeau de cette histoire ! Quand j’ai commencé le challenge, j’ai ouvert un blog jarretederaler.com sur lequel j’ai posté une vidéo tous les jours. Je partais du principe que tous les jours j’allais apprendre quelque chose : soit j’apprenais ce qui me faisait râler soit je n’avais pas râlé et j’avais appris une nouvelle manière de fonctionner. Grâce aux réseaux sociaux le blog est parti en viral, les gens ont énormément partagé. Je me suis dit : c’est incroyable qu’il y ait autant de personnes qui ont envie de la même chose que moi, qui sont prêts à explorer la même chose pour eux-même. C’était magique de se dire : j’ai fait quelque chose et ça inspire autant de gens. Ca donne vraiment confiance en la vie. Quand on regarde la télévision, ce ne sont que des mauvaises nouvelles ; on ne peut que regarder l’écran en se disant que : les gens sont cons. Mais ce n’est pas vrai, c’est une illusion ce qu’on nous montre à la télé et dans la presse. Il y a une multitude de gens aujourd’hui qui ont une volonté de rendre le monde meilleur, d’être les Hommes qu’ils ont envie d’être ; j’ai même des adolescents qui font le challenge … C’est le plus beau cadeau et c’est ce qui fait la réussite de ce livre. Les lecteurs du livre viennent me dire que le livre a changé leur vie. Lors d’une dédicace, une retraitée est venue me voir avec son mari et m’a dit : « ça fait 40 ans que je suis mariée avec mon mari et là ce n’est plus le même homme : il a fait le challenge jusqu’au bout et il a convaincu tous ses voisins de le faire ; j’ai un nouveau mari. » Des gens me disent que ça a sauvé leur mariage, leur relation avec leurs enfants, leurs adolescents (connexion entre le parent et l’adolescent de faire le challenge ensemble) ; que ça leur a permis de reprendre leur vie en main. 

Quand on râle, on utilise nos mots pour ancrer nos frustrations. Une frustration, c’est un peu comme un nuage passant au dessus de nos têtes ; quand on râle, on prend le nuage et on l’ancre dans notre quotidien, dans nos conversations, dans notre perception de la vie (on dramatise, on amplifie les choses) ; on finit par croire ce qu’on dit et cela impacte sur la relation qu’on a aux autres. Les gens autour de nous ne vont pas réagir de la même manière. Nos journées sont une addition de conversations. Imaginez si vous changez la conversation, imaginez le pouvoir que cela peut avoir sur votre journée. Au lieu d’avoir une conversation ancrant vos frustrations avec vos râleries, imaginez une conversation où vous vous mettez à célébrer ce que la vie vous donne, à voir les possibilités, les options, les richesses de la vie, de ce que vous pouvez faire vous-même, des richesses qui sont en vous, dans les autres. Si on mettait la lumière là-dessus et qu’on se mettait à parler de ça, notre vie serait complètement transformée.

P : Si on parlait solutions : tu parles de remplacer le fait de râler par célébrer. Que signifie pour toi célébrer ?

C : La célébration, c’est la gratitude en mots. Quand on râle, on ancre la frustration dans notre quotidien, quand on célèbre, on ancre la gratitude dans notre quotidien. Souvent on a de la gratitude et on se dit : qu’est ce que j’aime mon mari, mes enfants, qu’est-ce que j’ai de la chance de vivre à Paris ; il y a aussi des moments où on souffre de toutes ces choses là. On a pas de difficulté à dire aux autres à quel point on souffre ; on a beaucoup plus de mal à parler de ce qui va bien. Au début quand je demande aux gens de remplacer les râleries par de la célébration, de commencer à parler de ce qui va bien, ils me disent mais c’est pas possible, les gens vont penser que je suis folle, ils ne vont pas comprendre, comme si c’était une langue étrangère. Le challenge c’est aussi l’occasion de s’entraîner pendant 21 jours et de se créer une nouvelle habitude, d’apprendre à parler un autre langage. Au début, les gens ne comprennent pas trop qu’on ait ce type de langage et près ils se mettent à parler comme nous, ça contamine. 

P : Tu reviens en France au mois d’Avril pour un séminaire et pour la sortie d’un nouveau livre. Est-ce que tu peux nous en dire un petit peu plus ?

C : Je rentre en effet pour un séminaire de trois jours qui s’appelle Wake up : trois jours pour apprendre à vivre avec soi-même et arrêter de vivre sa vie à moitié endormi. Dans ma vie, dans les quatre dernières années qui viennent de se passer, j’ai littéralement l’impression de vivre dans une troisième dimension où les choses ne se passent pas de manière logique. Je mets en place des choses et il y a de la magie qui se produit. Dans ce séminaire de trois jours je vais partager avec les participants les plus grandes leçons que j’ai mis en oeuvre dans ma vie depuis ces quatre dernières années ; des leçons qui sont des vérités pour moi, ce sont mes vérités profondes qui me permettent de réaliser ce que je réalise. J’ai des ailes qui me poussent … Je vis ma vie autrement, pleinement réveillée, pleinement active. Je me sens en permanence connectée avec une puissance, avec une source. Pendant ces trois jours je vais partager avec les 25 participants dans un lieu magique, le premier hôtel à recevoir l’eco label européen, dans la région de Poitiers.

Je sors également un autre livre en avril dans la continuité du précédent : J’arrête de râler sur mon enfant (et mon conjoint) ; c’est un livre que je co écris avec une experte en parentalité et en communication familiale. On se régale, on est sur le point de rendre le manuscrit ; nous sommes en phase de relecture. J’adore tout ce qu’elle a écrit et elle adore tout ce que j’ai écrit ! C’est un pure délice de travailler sur ce projet.

Pascale : Je vous invite tous à lire le livre de Christine, J’arrête de râler et surtout à faire le challenge de 21 jours. Vous pouvez aussi vous aider du cahier d’exercice

Merci sincèrement Christine d’avoir accepté de répondre à mes questions et j’espère à très bientôt, peut-être au mois d’avril à l’occasion de la sortie de ton nouveau livre.

Christine : Merci beaucoup !

 

6 réflexions au sujet de « Interview de Christine Lewicki, auteur du livre J’arrête de râler »

  1. Bonjour Pascale,
    bravo pour cette interview! ça a été difficile de la décrocher?
    J’avais vu ce livre dans un supermarché et je l’ai feuilleté vite fait. Mais je ne m’y suis pas plus interessé que ça parce je ne pense pas être un râleur. Les épreuves de ma vie m’ont appris à rester zen, sinon je serais devenu fou. J’ai appris la gratitude envers la vie qu’évoque Christine L., et à savoir apprécier dans l’instant tout ce qu’elle a à offrir. Mais, suis-je bien objectif? Du coup, ça y est, je fais dès aujourd’hui le test du bracelet! Au bout de combien d’aller-retours considère-t-on qu’on est un râleur?
    Bonne continuation pour ce blog très prometteur.

    • Bonjour Daniel,
      L’idée n’est pas forcément de se demander si on est un râleur dans l’âme mais davantage de prendre conscience que cela fait (plus ou moins bien sur) partie de notre vie. Le challenge permet de s’en rendre compte et de trouver des stratégies pour transformer ces râleries. Bravo à toi d’avoir commencé ce challenge ! J’attends ton retour quand tu seras au bout des 21 jours.

  2. Bonjour Pascale,

    Je ne connaissais pas ce livre, je te remercie pour cet interview qui nous le présente très clairement. Je me sens concernée et je vais essayer la méthode proposée. Je ne sais pas combien de temps je vais mettre pour tenir 21 jours.

    A bientôt pour annoncer les résultats.

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